Chaque fois que vous prenez la route du marché d'Eauze — à quinze minutes à l'est du château — vous vous rendez dans un lieu qui fut jadis la capitale d'une province romaine, le siège d'un cardinal, le cœur d'un ancien commerce d'eau-de-vie, et une étape sur l'une des grandes voies de pèlerinage de l'Europe médiévale. La route, elle aussi, porte des noms différents selon le siècle où l'on se trouve.
Les hôtes qui séjournent au château nous demandent parfois : « Alors, sommes-nous en Gascogne ? Ou dans le Gers ? Ou en Armagnac ? Comment appelez-vous vraiment cet endroit ? » La réponse honnête est : tous ces noms à la fois, et chacun raconte une strate différente de la même histoire.
Ce coin du Sud-Ouest de la France a été habité, nommé et renommé par les Romains, les Wisigoths, les Basques, les rois francs, les monarques anglais, les révolutionnaires français et les administrateurs de la Cinquième République. Chaque nom s'est maintenu — c'est pourquoi ce même paysage paisible de collines ondulantes, de fermes en pierre calcaire et de vallées couvertes de vignes peut légitimement être désigné par une demi-douzaine d'appellations différentes, selon ce que l'on souhaite mettre en avant.
Voici comment les strates se sont superposées.
Novempopulanie — « la province des Neuf Peuples »
Avant tous les noms que nous employons aujourd'hui, cette terre était connue des Romains sous le nom de Novempopulanie — la province des neuf peuples. Lorsque César conquit la Gaule au Ier siècle avant notre ère, il rencontra dans le Sud-Ouest une population autochtone qu'il appela les Aquitains : un peuple ethniquement et linguistiquement différent des Celtes du nord, et plus proche des Ibères de l'autre côté des Pyrénées. Dans La Guerre des Gaules, César note explicitement leur singularité.
Lorsque l'Empire romain réorganisa ses provinces au IIIe siècle de notre ère, l'empereur Dioclétien détacha une nouvelle entité administrative du sud de l'Aquitaine — l'Aquitania Tertia — nommée d'après les neuf principales tribus qui l'habitaient. Sa capitale était Elusa, l'actuelle Eauze. Cette magnifique cité de marché du jeudi, à quinze minutes de notre porte, fut autrefois le cœur administratif d'une province romaine couvrant la majeure partie de l'actuel Sud-Ouest de la France.
Le nom de Novempopulanie a perduré jusqu'à la fin de la période romaine et au début de l'époque médiévale. Lorsque vous parcourez le Musée archéologique d'Eauze et découvrez le Trésor d'Eauze — cet extraordinaire ensemble de 28 000 pièces et bijoux romains mis au jour dans un champ en 1985 — vous contemplez la richesse enfouie de la Novempopulanie. Ici, le sol est véritablement chargé de passé.
Vasconie — comment les Basques ont donné son nom à un royaume
Avec la chute de l'Empire romain d'Occident au Ve siècle, les provinces si soigneusement nommées se dissolurent. Les Wisigoths passèrent. Les Vandales passèrent. Les Francs arrivèrent du nord. Et du sud, par-delà les Pyrénées, vinrent les Vascons.
Les Vascons étaient un peuple ibérique qui habitait les montagnes de l'actuel Pays basque et de la Navarre — culturellement et linguistiquement distinct à la fois des peuples celtiques du nord et des Romains latinisés. Au VIe siècle, ils s'étaient répandus vers le nord, par-delà les Pyrénées, sur l'ancien territoire de la Novempopulanie, et dès 602 les rois francs reconnurent officiellement une nouvelle entité politique : le duché de Vasconie.
Le nom Vasconie — également écrit Wasconie par les scribes francs aux prises avec le « V » — nous donne directement les mots gascon et Gascogne. Cette même étymologie, par un cheminement phonétique différent, nous donne aussi le mot basque. Gascon et basque sont, à l'origine, le même mot — un rappel que ce paysage fut façonné par un peuple dont la culture et la langue chevauchaient ce que nous appelons aujourd'hui la frontière franco-espagnole.
Gascogne — un duché, une province, une idée
Le duché de Gascogne (602-1453) fut l'un des grands territoires de la France médiévale — et, pendant une bonne partie du Moyen Âge, il ne fut pas français du tout. Au XIIe siècle, par l'héritage d'Aliénor d'Aquitaine, la Gascogne passa à la couronne d'Angleterre. Pendant plus de trois cents ans, l'actuel Sud-Ouest de la France fut le cœur du pouvoir royal anglais sur le continent. Le commerce des vins gascons — ancêtres de ce que nous appelons aujourd'hui le bordeaux — remontait vers les ports anglais. L'administration et les lois anglaises modelèrent les villes.
C'est pourquoi vous trouverez tant de bastides — villes médiévales planifiées, bâties sur un plan en damier, avec leurs places à arcades couvertes — partout en Gascogne. Beaucoup furent fondées conjointement par la couronne d'Angleterre et les seigneurs locaux aux XIIIe et XIVe siècles : Montréal-du-Gers, Valence-sur-Baïse, Fourcès et sa célèbre place circulaire. Lorsque vous vous asseyez sous les arcades d'Eauze, de Lectoure ou de Condom, vous prenez place dans une forme d'urbanisme qui fut, en partie, un projet anglais.
La guerre de Cent Ans mit définitivement fin à cet arrangement. En 1453, la couronne de France avait reconquis la Gascogne, et le territoire fut rattaché à la Guyenne pour former le gouvernement de Guyenne-et-Gascogne, administré depuis Bordeaux jusqu'à la Révolution. Le terme de Gascogne devint de plus en plus culturel que politique — évoquant un peuple connu pour sa fierté, son humour, sa passion et sa loyauté. D'Artagnan, Cyrano de Bergerac, les Cadets de Gascogne — le Gascon littéraire est hardi, impétueux, et profondément lui-même.
Armagnac — quand l'eau-de-vie devint le nom
Traversant le cœur de la Gascogne, le comté — puis le duché — d'Armagnac fut l'un des territoires féodaux les plus puissants de la France médiévale. Les comtes d'Armagnac jouèrent un rôle de premier plan dans la politique française pendant des siècles, tantôt alliés aux Anglais, tantôt contre eux, toujours farouchement indépendants.
Leur nom s'attacha indéfectiblement à l'eau-de-vie produite sur leurs terres — et, à mesure que la réputation de cette eau-de-vie se répandait à travers l'Europe à partir du XIVe siècle, le nom d'Armagnac devint indissociable de l'alcool. Aujourd'hui, l'Armagnac est à la fois un territoire historique, une appellation d'origine, un style d'eau-de-vie, et — sous les formes de la Ténarèze, du Bas-Armagnac et du Haut-Armagnac — un ensemble de sous-régions géographiques qui produisent la même eau-de-vie, selon essentiellement la même méthode, depuis plus de sept cents ans.
Lorsque le cardinal Vital du Four, d'Eauze, écrivit à propos de l'« Armagnac » en 1310 et en énuméra les quarante vertus médicinales, il décrivait l'eau-de-vie locale, déjà assez célèbre pour mériter un témoignage écrit. La terre et la boisson n'étaient plus qu'un seul et même mot.
Le Gers — un département nommé d'après une rivière
La Révolution française balaya les anciennes provinces et duchés en 1790, les remplaçant par un système nouveau et rationnel de départements — des unités administratives d'à peu près égale superficie, nommées d'après des rivières ou des reliefs plutôt que d'après l'histoire féodale, afin d'empêcher tout renouveau des pouvoirs régionaux. La Gascogne fut divisée. La plus grande partie de l'ancien cœur du territoire devint le département du Gers, nommé d'après la rivière qui traverse Auch avant de rejoindre la Garonne.
Le Gers compte environ 190 000 habitants — ce qui en fait l'un des départements les moins densément peuplés de France. Il est entièrement rural. Il n'a pas d'autoroute. Sa préfecture, Auch, compte environ 22 000 habitants. Sous un angle, cela ressemble à l'obscurité. Sous un autre, cela ressemble à l'un des derniers coins de France à avoir largement échappé au XXe siècle.
Nous vivons dans le Gers. Le numéro du département est le 32 — c'est pourquoi nos panneaux routiers locaux portent ce numéro, pourquoi nos plaques d'immatriculation commençaient autrefois par 32, et pourquoi le code postal de Séailles est 32190. Le Gers est le nom administratif, la réalité bureaucratique. Mais lorsque nous disons où nous vivons à quiconque connaît la France, nous disons la Gascogne.
La Gascogne aujourd'hui — une région qui existe dans la culture plus que sur la carte
Voici la vérité légèrement paradoxale : la Gascogne n'existe pas officiellement. Ce n'est ni une région, ni un département, ni aucune unité administrative de l'État français. Le territoire qu'elle couvrait jadis est partagé entre les régions administratives modernes de Nouvelle-Aquitaine (qui inclut Bordeaux) et d'Occitanie (qui inclut Toulouse et le Gers). Ni l'une ni l'autre de ces régions n'est la Gascogne.
Et pourtant la Gascogne est partout. Elle est dans le nom des vins (les Côtes de Gascogne), dans la littérature touristique, sur les cartes des restaurants, dans les programmes des festivals. Le département du Gers se présente comme le Gers Gascogne. L'organisme touristique local est le Comité Départemental du Tourisme du Gers, mais son site web appelle la région « la Gascogne ». Les cartes de l'appellation Armagnac emploient le mot sans cesse.
La Gascogne survit parce qu'elle nomme quelque chose de réel : un paysage, une culture, une tradition gastronomique, une manière de parler, de manger et de vivre véritablement distincte de la Provence, de la Loire, de la Bretagne, de Paris. Les collines ondulantes, les villes de marché, le foie gras, l'Armagnac, les bastides, les pèlerins de la Via Podiensis, l'horizon pyrénéen — toutes ces choses vont ensemble, et la Gascogne est le mot qui les rassemble.
Alors, comment l'appelons-nous ?
Nous l'appelons par tous ces noms, selon ce que nous voulons dire :
- Le Gers — quand nous parlons du département administratif, du code postal, du numéro 32.
- La Gascogne — quand nous parlons de la culture, du paysage, de la gastronomie, des gens, de toute l'ampleur historique des choses.
- Le pays de l'Armagnac — quand nous parlons de l'eau-de-vie, des domaines, du terroir de la Ténarèze sous nos pieds.
- La Novempopulanie — quand nous nous tenons à Eauze, un jeudi matin, devant les 28 000 pièces romaines, et que quelqu'un nous demande ce que fut autrefois cette ville.
- Le Sud-Ouest de la France — quand nous nous adressons à des gens qui ne sont jamais venus ici et qui ont besoin d'un point de repère.
- Chez nous — le reste du temps.
Chaque strate de noms est une strate d'histoire. Vivre ici, c'est vivre à l'intérieur d'un palimpseste — un paysage écrit et réécrit par des mains différentes, en des langues différentes, à des fins différentes, où toutes les versions antérieures demeurent faiblement lisibles sous la version actuelle.